1. Rabbi Chalom DovBer Schneersohn, fondateur de la yeshiva en 1897

Le 15 Eloul 5657 (12 septembre 1897), deux jours après le mariage de son fils, Rabbi Yossef Its’hak, Rabbi Chalom DovBer (le cinquième Rabbi de ‘Habad, ci-dessus) réunit un groupe de rabbins éminents et annonça l’ouverture d’une nouvelle yeshiva : « Inaugurer et établir une yeshiva d’élite pour nos jeunes, avec une orientation juste et solide. Que ce soit la volonté de D.ieu que tout leur effort se consacre à la Torah et au service divin, sans entrave. Que leurs cœurs et leurs esprits soient entièrement voués à leur étude et à leur œuvre. »1 Cette institution n’était pas simplement une yeshiva de plus parmi celles déjà existantes : elle était unique en son genre. L’état de l’éducation juive préoccupait profondément Rabbi Chalom DovBer. Il estimait que, dans les conditions de l’époque, l’étude des textes ‘hassidiques était vitale pour la survie même du peuple juif.2 Une telle étude ne pouvait pas être laissée à la bonne volonté ou au choix individuel des élèves : elle devait être intégrée au programme de la yeshiva et enseignée avec sérieux par un corps enseignant dédié. Bien qu’il y ait eu jusqu’alors des étudiants de yeshiva à Loubavitch, il s’agissait généralement d’élèves avancés qui étudiaient de manière autonome, sans structure ni cadre formel. Environ un an après la fondation de la nouvelle yeshiva, le 24 Eloul 5658 (11 septembre 1898), Rabbi Yossef Its’hak fut nommé directeur.3 À Sim’hat Torah suivant, lors de la dernière des sept hakafot, le Rabbi donna un nom à la yeshiva, en s’inspirant de la liturgie de la fête :4 « La yeshiva qui a été fondée par la bonté de D.ieu n’a pas encore de nom. À présent, je l’appelle Tom’hei Temimim (les soutiens des parfaits). Car tel est son but : assurer l’intégrité de la Torah révélée et de la Torah intérieure. »5

2. L’édition de Vilna du Tanya : un texte fiable et une source de revenus

A Tanya by the Alter Rebbe, Rabbi Schneur Zalman of Liadi.
A Tanya by the Alter Rebbe, Rabbi Schneur Zalman of Liadi.

En 1900 (5660), une impression spéciale du Sefer HaTanya fut entreprise, en partie pour soutenir financièrement la yeshiva. Elle fut réalisée par la célèbre famille Romm de Vilna et supervisée par Rav Asher Grossman de Nikolayev, qui compara de nombreux manuscrits et éditions originales afin d’établir la version la plus juste du texte. Après son travail, il transmit le résultat à Rabbi Chalom DovBer, qui leva les dernières incertitudes et fixa le texte comme étant la version authentique du Tanya. Une fois l’impression achevée, le Rabbi écrivit à son fils, Rabbi Yossef Its’hak :6 « Après l’impression, j’ai relu le texte avec le plus grand soin et découvert encore huit erreurs. Nous avons réimprimé huit nouvelles pages pour remplacer celles qui comportaient des fautes. À ma connaissance, l’ouvrage est désormais exempt de toute erreur. » Ces feuillets furent distribués séparément, accompagnés d’une note explicative pour les acheteurs. La couverture du volume portait en lettres dorées : « Sefer Tanya, imprimé par l’Association Tom’hei Temimim, 5660. » Chaque bienfaiteur de la yeshiva reçut un exemplaire du Tanya. Neuf ans plus tard, la famille Romm céda les droits de cette édition au Rabbi, afin qu’il puisse lever de nouveaux fonds pour Tom’hei Temimim.

3. La cour (« ‘Hatser ») de Loubavitch et le bâtiment de la yeshiva

Map of the city of Lubavitch with the Rebbe's court and yeshivah in its heart.
Map of the city of Lubavitch with the Rebbe's court and yeshivah in its heart.

Le premier campus de la yeshiva fut établi à Zembin, une banlieue de Minsk. Mais, au fil des ans, la plupart des étudiants rejoignirent la ville de Loubavitch, et dès 1905 la division de Zembin ferma. À Loubavitch, les élèves étudiaient dans divers lieux disséminés en ville. Cependant, dès 1901, le nombre croissant d’étudiants amena à les installer dans la « grande salle » (visible sur ce croquis, en bas à droite). Ce bâtiment avait été construit en 1872, après qu’un incendie eut ravagé la cour entière où se trouvait la maison du troisième Rabbi de ‘Habad, le Tséma’h Tsédek. Avant de devenir la yeshiva, la salle servait de synagogue d’appoint pour les Grandes Fêtes. Comme elle n’était utilisée qu’occasionnellement, elle n’était pas immédiatement adaptée à un usage permanent et nécessita des travaux de rénovation. Ceux-ci furent achevés le 8 Tamouz 5661 (25 juin 1901), date à laquelle eut lieu l’inauguration, célébrée dans la joie.7

4. Les rabbins de Nikolayev : une lettre de soutien

Dans les premières années de la yeshiva, deux grands érudits de Nikolayev rédigèrent une lettre de recommandation. Rabbi Yisroel Eisenstein, auteur des responsa Amoudei Aish, et Rabbi Méïr Chlomo Yanovsky (grand-père du septième Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie) écrivirent : « À nos frères honorés de la Maison d’Israël, les généreux de la nation, ceux qui agissent et font agir, que D.ieu vous bénisse en toute forme de bien, constamment. Par cette lettre, nous voulons présenter la grande, belle et sainte yeshiva, appelée Tom’hei Temimim… Beaucoup d’illustres et de pieux de notre génération ont visité ces jardins du Seigneur des Armées et y ont trouvé de précieux et doux fruits. L’apport d’une telle institution à notre sainte Torah est inestimable... Désormais, c’est en ces murs que vous viendrez vous plonger dans la Torah de D.ieu, jour et nuit, dans la pureté. »

5. Le corps enseignant : façonner ‘Habad pour des générations

Le premier machpia (mentor spirituel) de la yeshiva fut Rav ‘Hanokh Hendel Kugel, un ancien ‘hassid respecté. Son décès en Tévet 5660 (décembre 1899), quelques années seulement après sa nomination, laissa les étudiants et le directeur, Rabbi Yossef Its’hak, dans une profonde mélancolie. Rav ‘Hanokh Hendel avait été comme un père pour les élèves, et son absence se fit durement sentir.8 Rabbi Yossef Its’hak entreprit alors de trouver un successeur digne de lui. À l’été 1900, Rav Chmouel Betsalel Cheftel, connu sous l’acronyme RaChBats, fut nommé machpia rachi (mentor en chef). Vieux ‘hassid, il avait servi le troisième, le quatrième et le cinquième Rabbi de ‘Habad. Après son décès en 5665 (1905), le célèbre Rav Chmouel Groinem Esterman, jusque-là machpia à Zembin, fut nommé machpia rachi. Ci-dessus, une lettre manuscrite de Rabbi Yossef Its’hak : « De nouveaux arrangements ont été pris pour notre yeshiva, car notre cher Rav Chmouel Groinem Esterman de Zembin a été nommé machpia rachi de Tom’hei Temimim à Loubavitch. » Reb Groinem exerça cette fonction jusqu’à sa mort, après la Première Guerre mondiale, alors que la Russie était dévastée par la guerre civile, la famine et les épidémies. Ces premiers mentors de Tom’hei Temimim eurent le mérite de former des générations entières d’étudiants de ‘Habad. Leurs récits continuent d’être transmis dans toutes les branches de la yeshiva aujourd’hui, pour guider et inspirer.

6. Le Kountrass Ets Ha’haïm : l’Arbre de Vie

Le Kountrass Ets Ha’haïm (« Traité de l’Arbre de Vie »), rédigé par Rabbi Chalom DovBer pour les étudiants, leur fut distribué à l’été 1904 (5664). Il y insiste sur l’importance de l’étude de la dimension intérieure de la Torah : la Torah révélée est comparable au corps, et la Torah intérieure à l’âme. Se limiter à l’étude des parties révélées, c’est comme un corps sans âme. Outre un exposé profond sur la perception de l’unité divine dans le monde, l’ouvrage détaille de nombreuses directives quant à la méthode d’étude et à la conduite attendue des étudiants de Tom’hei Temimim. Sur la vocation de la yeshiva, il écrit :9 « Sachez que le but de cette yeshiva n’est pas seulement de retenir des étudiants qui se consacrent à la Torah… Le véritable but est que les élèves soient des craignants-D.ieu, des hommes pieux, unifiés avec D.ieu et Sa Torah. » Sur la dernière page du livret (ci-dessus), les cinq premières lignes sont de la main de Rabbi Yossef Its’hak. Puis, de l’indentation jusqu’à la fin, de celle de Rabbi Chalom DovBer : « Après toutes ces paroles, je vous demande de les prendre à cœur, qu’elles demeurent constamment en vous… »

7. Une époque de tourmente : la yeshiva déménage

En Hechvane 5676 (octobre 1915), alors que la Première Guerre mondiale faisait rage, Rabbi Chalom DovBer dut quitter Loubavitch. Il s’installa à Rostov-sur-le-Don, à 1 300 km de là, avec sa famille. La yeshiva resta à Loubavitch encore environ deux ans, puis s’installa à Kremenchoug en 1918 (5678). En 1920, Rabbi Chalom DovBer s’éteignit à Rostov. Dans son testament, il écrivait à son fils : « Mon fils unique, veille sur la yeshiva Tom’hei Temimim ; dirige-la avec l’aide de D.ieu, selon l’intention profonde de la Torah intérieure et avec l’effort du cœur. » Rabbi Yossef Its’hak devint immédiatement le sixième Rabbi de ‘Habad. Mais la yeshiva de Kremenchoug manquait cruellement de tout. Rabbi Yossef Its’hak décida de la transférer à Rostov, espérant améliorer la situation. Elle y fonctionna environ un an, jusqu’à l’été 1921. À cette date, les communistes avaient pris le pouvoir et lancé une guerre ouverte contre la religion. La yeshiva fut fermée, ses enseignants arrêtés, les étudiants expulsés, les biens confisqués. Cette épreuve causa une grande douleur au Rabbi. Il étendit alors le réseau au-delà des frontières de Russie. La première branche ouvrit à Varsovie, exactement un an après le décès de Rabbi Chalom DovBer. L’en-tête de la yeshiva (ci-dessus) porte la date de sa fondation : 2 Nissan 5681 (10 avril 1921). À Varsovie, la yeshiva connut une croissance remarquable, déménageant plusieurs fois pour accueillir un nombre croissant d’élèves. Dans les décennies suivantes, des branches « clandestines » continuèrent de fonctionner à travers la Russie, malgré les persécutions constantes des autorités soviétiques.

8. A’hot HaTemimim : l’institution sœur pour les jeunes filles

En hiver 1935-1936 (5696), Rav Mordekhaï Doubin informa Rabbi Yossef Its’hak que sa future belle-fille étudiait les textes ‘hassidiques. Le Rabbi répondit que cela était tout à fait approprié, citant son père : « En la matière, il n’y a pas de différence entre l’éducation des garçons et celle des filles. »10 Cela mena à la création de A’hot HaTemimim (« les sœurs des Temimim », les étudiants de Tom’hei Temimim étant appelés Temimim), à Riga. L’organisation s’étendit ensuite ailleurs. En haut : un groupe de A’hot HaTemimim avec leurs éducatrices. En bas : un groupe de A’hot HaTemimim avec la Rabbanit Shterna Sarah, épouse de Rabbi Chalom DovBer, à Riga vers 1940 (5700). Rabbi Yossef Its’hak correspondit personnellement avec plusieurs de ces jeunes filles, les guidant dans l’étude de la ‘hassidout, dans la prière et dans la transformation du caractère. Le septième Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel, poursuivit cette vision en encourageant avec force l’éducation des filles et en incitant les enseignants à leur transmettre aussi les textes ‘hassidiques. Aujourd’hui, un vaste réseau de séminaires ‘Habad forme les jeunes femmes avec rigueur et profondeur.

9. La yeshiva à Otwock : une nouvelle période d’or

La yeshiva de Varsovie prospéra pendant environ quinze ans. Durant cette période, le Rabbi fut arrêté puis libéré à Leningrad par les autorités communistes. À la fin de Tichri 5688 (octobre 1927), il put quitter la Russie et s’installer à Varsovie, où il retrouva la yeshiva. En 1936 (5696), la yeshiva et le Rabbi déménagèrent à Otwock, petite ville à l’est de Varsovie. Là, les élèves bénéficiaient de vastes terrains et d’un environnement sain. L’air pur, le calme et la sérénité, loin de l’agitation de la capitale, insufflèrent un souffle nouveau à la yeshiva. Avec l’augmentation des effectifs, de nouveaux bâtiments furent acquis.11 La photo du haut montre le bâtiment principal et ses terrains spacieux. Celle du bas, des étudiants absorbés dans une discussion talmudique devant un hôtel servant de logement supplémentaire. Les années de Varsovie et d’Otwock sont considérées comme une nouvelle période d’or de Tom’hei Temimim. Après les ravages de la Première Guerre mondiale, la guerre civile russe et le communisme, la yeshiva avait su renaître et prospérer en Pologne.

10. La Seconde Guerre mondiale : l’exil vers Shanghaï

Avec l’invasion de la Pologne par l’Allemagne en 1939 (5699), la quiétude fut brisée. La yeshiva fut à nouveau dispersée. Certains étudiants réussirent à fuir par Riga, d’autres gagnèrent Vilna. Le Rabbi, réfugié lui-même à Riga, se dépensa sans relâche pour aider les élèves dispersés, tentant d’obtenir des visas. Impossible alors de les envoyer par l’Atlantique aux États-Unis. La solution fut donc de passer par le Japon, puis Shanghaï, et enfin l’Amérique. Beaucoup parvinrent à Shanghaï, où ils restèrent durant la guerre. La yeshiva continua d’y fonctionner du mieux possible, créant même une imprimerie qui publia un Tanya et une sélection de discours de Rabbi Chalom DovBer. Après la guerre, de nombreux élèves de la yeshiva de Shanghaï devinrent des acteurs majeurs de l’implantation des communautés ‘Habad à travers le monde. En haut : un groupe d’étudiants à Shanghaï. En bas : l’arrivée d’un groupe en provenance du Japon.

11. Reconstruire : la yeshiva en Amérique

The Rebbe with his father-in-law, the Previous Rebbe.
The Rebbe with his father-in-law, the Previous Rebbe.

Malgré les tragédies et les bouleversements, le Rabbi, Rabbi Yossef Its’hak (à gauche), réussit à rebâtir le mouvement ‘Habad aux États-Unis. Dès la soirée de son arrivée, le 9 Adar 5700 (18 février 1940), il établit Tom’hei Temimim en Amérique, déclarant : « L’Amérique n’est pas différente. » Comme en Europe, le judaïsme pouvait y prospérer, sans compromis ni atténuation. Si beaucoup étaient sceptiques à l’époque, les faits lui donnèrent raison. Après son décès en 1950, son gendre, Rabbi Mena’hem Mendel (à droite), prit la direction. Durant la seconde moitié du XXe siècle, la yeshiva se développa fortement, sous sa conduite, en un vaste réseau international. Dans la continuité de Tom’hei Temimim en Europe, elle donna naissance à de nombreuses branches à travers le monde et forma des dizaines de milliers d’étudiants. Aujourd’hui, grâce à la vision de trois Rabbis de ‘Habad, Tom’hei Temimim est présente en Amérique, en Europe, en Israël, et même en Afrique et en Australie, poursuivant sa mission d’enseigner et d’inspirer les générations futures.